Transformation digitale, comment gérer les secrets numériques des entreprises ?

Les informations clés des entreprises sont dans le cloud, cachées dans les services web ou dématérialisées. Cela interroge sur la continuité d’activité des entreprises. Que se passe-t-il en cas de décès ou d’invalidité du chef d’entreprise ?

Un chef d’entreprise est un leader, un homme fort, un super héros du quotidien. Autant dire que sa défaillance est rarement évoquée, sa disparition n’est pas prévue. Et pourtant, comme le précise une étude publiée en 2013 par l’observatoire de la santé des dirigeants « Amarok » , la santé du dirigeant est le premier actif immatériel de l’entreprise.

Il existe bien évidemment des contrats de prévoyance dits « homme clé » qui garantissent un capital en cas de décès ou d’invalidité. Quand on y regarde de plus près on s’aperçoit que ces contrats assurent la continuité de l’activité par le règlement des créanciers de premier niveau : l’urssaf, le fisc, les salariés et dans le meilleur des cas l’embauche d’un gérant temporaire absorber le séisme provoqué par l’absence soudaine du patron.

Le cabinet Fidal a interrogé en début d’année des chefs d’entreprise sur leur volonté de préparer « l’après ». Ils sont 83% à se soucier de l’avenir de leur entreprise et sa pérennité mais quand on décrypte cette étude, on s’aperçoit que les dirigeants ne sont pas très organisés et qu’en fait, rien n’est préparé. Peu de mandats à effet posthume, pratiquement pas de testaments…

Bref, la gestion de l’après, c’est plutôt de l’à peu près !

On ajoutera à ce constat « juridique » l’absence de prise en compte des problématiques de gestion du numérique. De plus en plus, les chefs d’entreprise entreposent leur connaissance professionnelle, leurs documents, leurs informations confidentielles, en un mot l’ensemble de leurs secrets sur des espaces tiers : sites web, cloud, plateformes, etc. Et toute cette information est plutôt bien protégée (même s’il existe toujours des risques de cyber-sécurité mais au même titre que le vol de disque dur ou l’incendie de bureau) et accessible uniquement par un identifiant et un mot de passe connus du « seul » dirigeant. Son cerveau et sa mémoire ne fonctionnent plus, les secrets sont perdus à jamais.

Les services, de manière isolée, tentent de prévoir cette éventualité et d’organiser la transmission d’un compte. Pour l’instant c’est peu satisfaisant. Et cela ne permet pas de gérer un ensemble qui compose un véritable capital numérique pour un individu.

2 entrepreneurs bordelais ont été confrontés à la disparition soudaine d’amis, gérants d’entreprise. Ils ont constaté le désarroi des familles mais aussi des collaborateurs. Et un des freins à la reprise était notamment la difficulté d’accès aux emails, à l’ordinateur mais aussi au téléphone portable du gérant.

Comme l’explique très bien Michel Serres dans « Petite Poucette », notre ordinateur est notre cerveau « détaché de notre corps ». On y place l’ensemble de nos secrets, de nos informations stratégiques. Elles étaient dans l’ancien temps dans les armoires fortes dans le bureau du patron. Elles sont aujourd’hui dans le nuage…et y restent si l’on n’a pas prévu de fournir ses accès à des tiers de confiance.